Les films ultra-minces cristallins d’oxydes sont à la croisée de nombreux domaines de recherche : électronique, spintronique, corrosion, catalyse, industrie verrière etc…
Ils posent une série de questions spécifiques :
- importance du confinement et de la dimensionalité réduite sur les propriétés structurales et électroniques, en particulier du fait des interactions à longues portées qui sont une caractéristique unique des ionocovalents. En jouant sur l’épaisseur et la taille latérale des domaines, il devient possible dans les oxydes de stabiliser des phases cristallographiques métastables, des terminaisons de haute énergie ou polaires et de moduler les propriétés électroniques (telle que la largeur de la bande interdite) et réactionnelles ;
- comportement des interfaces métal et/ou semi-conducteurs avec les oxydes en termes de réactivité, de liaison chimique, de structure atomique, de morphologie (mouillage) et de contraintes ;
- rôle des défauts étendus (marches, crans, joints de grains) ou ponctuels (défauts de stœchiométrie, lacunes, dopants) sur les propriétés physiques ou chimiques, et en particulier la réactivité des surfaces.
Un intérêt particulier est porté par l’équipe aux orientations polaires et aux propriétés structurales et diélectriques (gap, hybridisation oxygène-métal) qui dépendent de la taille. Par exemple, des calculs théoriques récents du groupe ont permis d’élucider la structure de surface p(2x2) de MgO(111) et de prédire l’existence de phase graphitique de MgO(111) sous forme de films de quelques monocouches.
| Vue de dessus et de coté des configurations atomiques optimisées pour la terminaison MgO(111) p(2x2) (Mg=vert,O=rouge) (Phys. Rev. Lett. 92 (2004) 136101) | |
Structure atomique de type graphitique de couche minces de MgO sur Ag(111) (Mg=bleu,O=rouge,Ag=gris) (Phys. Rev. Lett. 93 (2004) 215702) |
Sur le plan expérimental, les films minces sont obtenus par croissance sur des substrats métalliques ou obtenus par oxydation de surfaces de métaux ou d’alliages. L’attention du groupe se focalise à l’heure actuelle sur la croissance de films minces de MgO qui est modèle d’oxyde fortement ionique. Deux orientations sont à l’étude : MgO(111)/Ag(111) et MgO(100) /Fe(100).
Du point de vue théorique, la croissance des couches minces d'oxydes manque singulièrement d'études systématiques qui relient les diverses échelles de temps et de longueurs : de la formation des liaisons chimiques entre le substrat et les adsorbats, à la diffusion ou à l'évaporation de ces derniers, jusqu'à la phase de nucléation. En fait, la modélisation de la croissance des oxydes, même en homo-épitaxie, est un sujet ouvert, à cause de la présence de plusieurs espèces avec un comportement chimique très différent: la généralisation aux oxydes des modèles de croissance développés pour des cristaux élémentaires constitue un défi de taille. Notre ambition est de comprendre, par une approche de type bottom-up, ces différents phénomènes et leur inter-corrélation; des résultats prometteurs dans ce sens ont déjà été obtenus pour la croissance en homo-épitaxie de MgO.